Pour ne pas déranger…

Créé par le 16 juil 2018 | Dans : Non classé

Pour ne pas déranger ce grand éblouissement de rosée matinale, tous les handicapés se devaient de se taire. Ils voulaient se baigner dans les rayons solaires encore invisibles mais qui chauffaient déjà, se rafraîchir la peau dans cette herbe mouillée. C’était un des moments qu’ils préféraient le plus, ils enlevaient leur sorte de carcant, leur prothèse, leur corset et même leur slip parfois se laissant respirer complétement éclatés sur ce lopain de terre de presque un hectare… Toutes leurs positions, parfois désespérées et parfois même grotesques, qui auraient pu faire rire le commun des mortels étaient pour eux, pour elles, une libération, un état de bonheur, une jouissance infime qui leur appartenaient et qu’ils n’auraient jamais voulu cesser de faire. À toutes les aurores, réunis en cachette sur ce large espace vert, à l’abri des regards, sur ce lieu qui servait de parking la journée, ces quelques mutilés en fauteuil roulant, boitant, traînant béquilles ou jambes mécaniques dévoilaient leurs moignons, leurs traces de brûlures, leur trou du pariétal où l’on pourrait loger une balle de tennis. Tout le monde riait sans faire trop de bruit, oui, c’était le moment du naturisme pour eux, relâchement total où l’on oubliait tout… Ce centre de rééduc’ en plein dans les Yvelines semblait se transformer en cour des miracles, communauté hippie qui reviendrait de guerre, et qui s’installaient tôt pour voir le festival, avec leur drôle de corps étrangement charcutés, incomplets, bricolés ; invalides de la vie ne manquant pas d’esprit prenant un bain de rosée et surtout à l’abri des autres infirmiers. C’était leur défoulement quotidien en été. Puis après une bonne heure de joie et de délire, on réveillait certains qui s’étaient endormis alors on remettait son faux bras, son corset, se rhabillant après ; et cette petite bande d’handicapés physiques aussi bien que mentaux regagnait les chambrées à la levée du jour en attendant discrètement l’arrivée du premier soignant, l’équipe de kinés ou le médecin traitant. Bientôt, ils sortiront pour la deuxième fois, mais ça sera pour boire leur café ou leur lait et manger leur tartine beurrée. La rosée du parking aura déjà séché. Ils recommenceront demain matin à l’aube, comme si de rien n’était…

 

16-07-2018

Pourquoi avoir brusqué…

Créé par le 16 juil 2018 | Dans : Non classé

Pourquoi avoir brusqué cette femme inconnue ? Elle était là, scotchée, n’avait rien demandé sinon une bienvenue dose de tranquillité. Toi qui puais des pieds avec les dents pourries, tu l’as terrorisée, elle n’osait plus bouger. Ce n’était pas la peine de venir lui parler, elle, qui s’était assise sur ce banc vert public dans le square du Temple… Elle avait retiré ses ballerines vernies, elle mangeait un sandwich poulet et crudités en s’abreuvant de thé parfumé à la pêche qui avait l’air bien frais vu les gouttes qui glissaient sur l’emballage carré. Elle se bronzait les jambes à ce soleil d’été en regardant passer les pigeons, les moineaux ainsi que les corbeaux qu’elle affectionnait tant. Alors quand toi, soudain, tu te rapprochas d’elle pour lui parler un peu, la taxer d’une clope ou d’un ticket-resto, tu l’affolas tellement qu’elle toussa fortement avalant de travers de surprise et d’effroi, quand tu te mis devant. Tu avais également fait fuir tous les oiseaux, à part un vieux corbeau qui te suivait des yeux perché sur la poubelle en métal vert publique. On aurait pu vous prendre pour la belle et la bête, elle, svelte et jolie, précieuse et raffinée, un sandwich à la main enveloppé dans le papier, les jambes nues, aux anges, elle était en coupure et n’était pas pressée, et toi, les ongles plein de crasse, puant le mauvais vin, dans un jean tout usé et vraiment dégueulasse et une veste de meunier en gros velours côtelé, déchirée et tachée qui sentait le fumier, traînant un sac-poubelle. Ayant été bossu, on aurait pu te prendre pour un quasimodo expulsé du clocher… Essayant de calmer son envie de crier, la belle Esmeralda – appelons-la comme ça – te dit qu’elle n’avait rien d’autre que ce sandwich et ce reste de thé glacé, qu’elle avait laissé son sac au bureau, qu’elle était désolée, certainement que quelqu’un d’autre pourrait le dépanner mieux qu’elle… Toi, l’homme tout droit sorti de sa caverne infecte, fut tellement touché par cette courtoisie et toute cette gentillesse que tu n’insistas pas, et refusant bien sûr le morceau de sandwich ou le thé à la pêche, tu la saluas franchement soulevant haut ton bras touchant le grand mouchoir que tu t’étais foutu au-dessus de la tête des nœuds aux quatre coins et ta génuflexion remua un nuage de puanteur inouïe que tu ne sentais plus, mais qu’elle prit en plein nez. Tu lui souris tout noir de tes dents saccagées et ouvris ton regard que tu gardais tout bleu. Puis te sentant ému jusqu’au fond des entrailles, tu passas ton chemin, en laissant échapper « avec grand plaisir » une larme bien lourde, qui semblait te rappeler que tu étais vivant…

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16-07-2018

Il était impensable…

Créé par le 14 juil 2018 | Dans : Non classé

Il était impensable qu’il puisse réussir. Après toutes ces années, aucune évolution ne l’avaient affecté. Son corps et son esprit étaient imperméables. Les nouveautés glissaient sans pouvoir s’incruster, il était réfractaire, beaucoup plus que têtu. On ne pouvait lui plaire, il n’aurait pas voulu. Il refusait d’admettre qu’il n’avait pas raison, il était nécessaire que l’on dise : « D’accord, ce que tu dis est l’unique solution, c’est très intelligent bravo, tu as gagné ! » Cependant, cette façon ne lui plaisait jamais, il refusait toujours ce qu’on lui apportait, il n’acceptait pas plus l’amour qui le flattait, il n’aimait pas penser à ces « futilités ». Il était retardé, ne voulant pas l’admettre, il vous envoyait paître quand vous le lui disiez. Ce n’est pas par bêtise qu’il se fermait à tout. Il interprétait mal toutes les nouvelles choses, les modes actuelles et toutes ses idées dont il se méfiait tant. Scrutant avec méfiance et très déconcertant, il ne croyait à rien et y croyait très fort. Pourtant les discussions avec lui avaient lieu, mais il ne voulait surtout pas imposer sa loi encore moins ses idées ni que personne d’autre lui impose les siennes. Quand on le rencontrait pour discuter, personne, ni vous ni lui, n’avait le dernier mot. Il avait une façon de vous tendre des perches et, de lui-même, soudain, perdait ses arguments et préférant se taire pour que l’on s’aperçoive qu’il n’avait pas raison, il aimait rester  là en ruminant ses torts. Cela lui suffisait, on ne le touchait pas, on pensait qu’il savait où l’on voulait en venir, mais en fait, il partait en se sentant heureux de rester dans l’erreur sans vouloir même goûter tout ce qu’on lui disait. Il était très borné et était habitué à vivre dérouté. On devait le traiter sûrement de tous les noms, à quoi bon y penser, il ne haussait pas le ton, ça ne l’ennuyait pas, il vivait très bien sans. Pas besoin d’essayer de lui bourrer le mou ou de lui faire admettre qu’il devrait essayer d’accepter d’autres faits. La vie, elle, évoluait, ce n’était plus pareil. Les évènements qu’il avait vécus jadis, pensant sa tendre enfance n’avaient jamais changé, il refusait d’admettre que c’était différent. Il continuait à vivre de la même façon, aussi fermé qu’une huître abritant sa grosse perle au fond de l’océan. Il était trop buté, ce qu’il montrait aux autres, à tous ces congénères pouvait intéresser au tout premier abord… Puis très vite, on voyait qu’il se trompait complet et sur toute la ligne. Alors un peu cynique, et d’un humour grinçant, récurant à l’extrême, on s’écartait de lui très vite sans insister. Ce n’était pas la peine de se prendre la tête, personne ne le voulait. Les gens le laissaient choir, c’était sans intérêt. Il se faisait plaisir sur son petit nuage, pour lui, tout était clair, pas besoin d’en parler, pas besoin de convaincre. Il était humilié sans chercher à comprendre ce qui lui arrivait, il voyait ça comme ça et il s’y complaisait. Après tout pourquoi pas ? Il vivait dans l’erreur depuis tellement longtemps… Aujourd’hui, tout le monde le laissait continuer, il n’était pas méchant, ne faisait pas de dégâts. Ça faisait si longtemps qu’il l’entendait ainsi, pas moyen de lui dire, de lui faire remarquer comme si de rien n’était. Ce n’était pas la peine, il suffisait seulement d’effleurer le sujet pour qu’il se capitonne, ouvrant la porte en grand à ses belles illusions et toutes ses certitudes qui n’avaient jamais fuit. Elles persistaient tenaces dans son cerveau d’enfant, depuis l’âge de raison comme on le nomme hélas même si aujourd’hui, il frôlait les cent ans…

14-07-2018

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