Quand l’horizon nous touche…

Créé par le 14 nov 2018 | Dans : Non classé

Quand l’horizon nous touche de sa ligne invisible, que l’océan paraît se coller sous le ciel, quand nous imaginons voir passer un bateau, une grosse baleine ou un vieux cormoran, nous pouvons sans regret nous sentir inspirer. On dirait que notre être se remplit d’apaisement, que nous rajeunissons. Nous nous sentons si bien qu’il n’y a pas lieu de craindre, il n’y a aucun problème. Nous sommes apaisés libres au milieu du vent, nous attendons l’après sans nous sentir pressés. À peine sentons-nous une envie de parler, nous gobons des embruns, nous respirons le sel qui se détache des vagues, elles se brisent sur les roches-là tout près de la plage couvertes de grains de sable et de coquilles polis par toutes les marées, recouvertes d’algues molles et de pierres de corail…

N’y avait-il à cela que des reproches à faire ? Personne ne voyait que ça donnait envie? Qu’avec un peu d’esprit, nous n’avons rien à craindre, c’est demain qui dira si ça valait la peine. Tu pourras toi aussi le sentir les pieds nus, dans la mousse en croisant les vaguelettes qui glissent et puis qui redescendent, elles semblent être épongées par ce tapis mouvant. Il y a quelques oiseaux, tout petits et rapides, il courent et vont becqueter les alevins prisonniers, ceux qui n’ont pas suivi et qui restent isolés dans ces flaques d’eau salée, car c’était marée basse, ils se sont fait piéger…

Tu te crois Robinson, il n’y a que toi qui marche. La première grosse étoile reluit déjà là-haut, la nuit s’installe vite, il fera noir bientôt. Le vent est épuisé, il ne siffle plus trop. Tu as les pieds mouillés, quelle belle journée ! Tu rentres par le sentier, c’est le même qu’à l’allée. Garde bien l’énergie qui parcourt ton sang, profite de la vie, tu en as pour l’instant. C’est ce que tu voulais, tu es en plein dedans, tu ne te rends pas compte de la chance que tu as. Tu peux lui faire confiance, elle ne te lâchera pas, je parle de la vie et je pense à ta femme. Car elle et toi déjà ça fait pas mal de temps. Elle vaut la peine, crois-le, sans elle, tu n’aurais rien, n’en doute surtout pas. Elle reste avec toi, ne va pas faire l’idiot, tu tomberais de haut, te fracasserais le dos et t’en mordrais les doigts…

14-11-2018

Nous nous étions à peine…

Créé par le 14 nov 2018 | Dans : Non classé

Nous nous en étions à peine rendus compte, car ce qui venait de se passer ne nous avait pas affectés outre mesure. Il n’y eut pas moyen de savoir pourquoi il avait morflé, ou presque, ni pourquoi il en était arrivé là et pourquoi ça avait l’air de s’être aggravé… Tous ces événements ne nous affectaient jamais, ou très peu à vrai dire. Nous vivions la plupart du temps isolés de la société. Nous ne nous occupions donc pas des désagréments d’autrui. Ils ne nous émouvaient même pas, nous n’en avions aucune idée. Nous pouvions vivre de l’air du temps en cultivant notre jardin, en suivant ainsi les bons conseils de Voltaire. Nous avions déjà fort à faire, cela nous prenait du temps. Protéger des rayons du soleil, les salades et les pieds de tomate faisait partie de nos plus gros soucis. Le reste nous semblait futile, nous n’y avions pas accès. C’est pour dire si on s’en foutait, car on s’intéressait plutôt à faire des épouvantails pour faire fuir les oiseaux qui volaient dans le potager en saccageant les fraises et les groseilles. Alors nous sommes tombés de haut quand on nous a parlé d’eux. Il parait qu’il s’était enfui avec l’argent du contribuable et qu’il était même parti avec la femme du préfet, qui était prête à tout pour lui et qui n’en avait plus rien à faire de son vieux mari grabataire. Elle voulait connaître la Grèce, la Sicile et surtout Cythère. Ce qui fait qu’elle était complice dans le détournement d’argent réservé à la salle des fêtes, la construction d’une maternelle, et l’achat d’une flotte de bus moderne qui permettrait aux habitants de voyager gratuit en ville. Comment aurions-nous pu entendre parler de cette affaire ? Nous n’avions ni télé, ni radio, et ne passions que très rarement nos vieux disques vinyles sur notre pic-up d’avant-guerre. Nous avions décidé de vivre en autarcie depuis 1969. Notre vieille bicoque avait été finalement payée, nous en étions propriétaires. Très peu d’argent, pourtant, circulait sur nos terres, nous le fuyons vraiment et tout ce qui va avec. Le capitalisme avait pour nous bien disparu. Plus aucune combine, plus d’arnaques, plus d’embrouilles, car nous vivions pénards au rythme des saisons. Notre bibliothèque était très bien fournie. Quand nous avions le temps, ce qui était fréquent nous faisions introduire plein de belles idées, très révolutionnaires, dans nos esprits fertiles et bien immunisés. Pas de loi, pas de mode, pas d’intérêt surtout, ni de marque de pouvoir, car nous vivions ici sans rechercher la gloire. Nous cultivions ainsi nos idées utopiques sans pour autant parler d’aucune politique. Nous ne pouvions savoir que ces deux fugitifs seraient passés chez nous, recherchant une planque, dont nous n’avions pas voulu leur refuser l’accès. Voici donc ce couple rempli de gros billets qui débarque un beau jour, nous étions tous au pré, car nous plantions de l’ail. Qu’est-ce qui leur avait pris de venir se cacher pendant quelques semaines dans la communauté arnachiste libertaire au drapeau rouge et noir qui flottait sur le toit ? Personne ne leur posa la moindre des questions. Ils restèrent un peu plus, peut-être un mois et demi. Personne n’est venu les chercher par ici. Personne ne vient jamais, c’est sûrement, mieux comme ça. Il parait que les gens nous prennent pour des fous qui vivent comme avant, comme les hommes des cavernes. Notre lopin de terre est vraiment magnifique, nos plantations sont saines, on n’arrose pas trop, aucun insecticide, nous plantons de vraies graines (c’est notre seul trésor.) Nous laissons la Nature vivre comme elle lui plaît et c’est parfait comme ça. Ce qui fait que les deux se sont fait une santé, ils nous ont bien aidés à sarcler, à biner, à s’occuper des chèvres et des cochons de lait. Puis un jour, ils partirent sans demander leur reste. Nous ne les revîmes plus et nous ne savions pas ce qu’ils fuyaient d’ailleurs. Ce que vous nous dites là est une grande surprise, nous espérons pourtant qu’ils y arriveront, que vous ne pourrez pas leur mettre la main dessus, ni leur faire payer ce que vous n’avez plus. Ils vous l’ont mis profond, vous l’avez eu dans le …

14-11-2018

Plus on se demandait…

Créé par le 13 nov 2018 | Dans : Non classé

Plus on se demandait de quoi elle avait rêvé plus cette question avait un semblant de reproche. Ça tournait à l’interrogatoire. On l’avait attachée et l’on s’apprêtait à la torturer pour la faire avouer. Comment avait-elle fait d’ailleurs pour s’endormir?Car on ne dormait plus et ça faisait longtemps. Alors on se demandait qui pouvait bien rêver, c’était une défaillance, un manque de respect. C’était vraiment un comble de s’endormir exprès, il devait y avoir eu erreur sur la personne! C’était impensable, difficile à avaler, elle avait donc rêvé sans se faire de souci? Pour qui se prenait-elle? Qui était-elle en fait? C’était trop déplacé, difficile à admettre, et si c’était bien vrai, c’était trop humiliant. Dormir, à notre époque? Cette envie aurait dû se faire éliminer, c’était inconcevable que ça puisse arriver, c’était beaucoup trop grave, beaucoup trop dangereux et beaucoup trop pénible. Alors, gare aux représailles! C’est beaucoup trop précis pour n’être pas basé sur quelque chose de vrai, quelque chose qui s’est fait, qui a donc bien eu lieu. C’est vraiment dramatique et la connerie humaine n’a aucune limite. C’est à ne plus comprendre… Si elle s’est endormie, il est donc possible qu’elle puisse avoir rêvé durant tout son sommeil! C’était ahurissant, ceux qui voulaient dormir et ça depuis longtemps, de savoir que quelqu’un avait sans doute rêvé par-dessus le marché les rendait tout perplexes, comment avait-elle fait? Tout le monde croyait que ça n’avait plus cours. Dormir n’existait plus, ça ne fonctionnait plus, alors rêver, vraiment, c’était trop difficile de se l’imaginer. Les plus jeunes d’entre nous n’en avaient d’ailleurs jamais entendu parler. « Dormir, mais qu’est-ce que c’est? » Avaient-ils demandé. « Et puis ça sert à quoi? » « Pourquoi faisait-on ça? ». C’était un cas unique, elle s’était bien endormie au milieu de la rue assise sur un banc, la tête, un peu penchée s’appuyant sur un coin avec la bouche ouverte, elle avait même ronflé. Tout un attroupement de personnes curieuses s’était arrêté là, la regardant « agir ». Personne n’avait vu une personne au point mort. Une foule se forma dans un très grand silence pour voir comment cette femme arrivait à faire ça. Des centaines de portables filmaient donc l’événement. Une femme dormait sur un banc dans la rue c’était du jamais vu. Personne ne comprenait pourquoi elle faisait ça. Sauf peut-être les plus vieux qui étaient tous émus, car eux seuls savaient ce que ça signifiait. Ils savaient parfaitement qu’elle était fatiguée, ça leur avait rappelé de tendres souvenirs. L’époque où l’on dormait la moitié de sa vie, tout le monde le faisait, juste pour se reposer et peut-être rêver. On l’avait donc transportée, sans crainte qu’elle se réveille, on l’avait attachée sur une très large table, dans une ancienne cantine où personne n’allait plus. Car c’était bien de rêve dont il était question. Avait-elle rêvé? Et que fallait-il faire? Devait-on l’écouter une fois réveillée (car elle dormait toujours, et c’était épatant.) Elle est restée longtemps attachée en dormant. La foule de curieux ne faisait qu’augmenter, elle s’était réunie dans la vieille cantine. On se relayait pour pouvoir la filmer, on faisait même la queue, tout le monde en voulait. On n’avait jamais vu un si grand attroupement, presqu’une bande d’inconnus réunis dans un lieu avec la même envie et le même intérêt, quelque chose se passait, c’était extraordinaire, ça sortait du commun. Une espèce disparue venait de revenir, on s’imaginait même que les espèces d’autrefois qui étaient restées longtemps en voie de disparition et qui avaient finalement disparu pour toujours allaient réapparaître comme par enchantement. C’était exagéré comme façon de penser, mais pas si fou que ça. Alors on continuait de filmer et encore et encore. Toute la population était passée devant et s’était attendrie ou bien interrogée sur le besoin d’un tel acte. À quoi cela rimait-il? Mais que faisait-elle donc? Puis tout le monde partit, on s’en était lassé, il fallait continuer à faire ce que l’on faisait. C’était bon, on l’avait suffisamment filmée. Elle se retrouva seule, attachée, et toujours assoupie, profondément blottie dans les bras de Morphée. Ah! Ce bon vieux Morphée, qu’est-ce qu’on lui devait. Était-il donc vivant? Pourtant, personne ne sut si elle avait rêvé. Trois hommes étaient restés auprès d’elle, pour la surveiller, au cas où. Mais elle ne se réveilla jamais plus. Elle a fait longtemps encore partie du paysage urbain. On a mis une statue en bronze, sur le banc où elle s’était assoupie et les gens viennent encore s’asseoir à côté pour faire des photos… Sur la table de l’ancienne cantine, elle s’est cristallisée. On n’y a plus touché, elle est toujours attachée, oubliée. Elle ne s’arrêtera plus de dormir à présent et il est impossible de savoir en fait si elle avait rêvé, si elle rêve encore et pourquoi elle dormait…

13-11-2018

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